Ou le goût fade de ces journées ternes. On préfère presque cette époque qu'on a eu tant de mal à enterrer, quand on angoissait, partout, sans arrêt, cette espèce de sensation de ventre broyé par le poids des regrets. Quand ça faisait mal, bien mal, au point de vouloir vomir tous les matins, pleurer tous les soirs, et de se laisser aller dans la journée à ce mélange de larmes et de bouffe pas digérée, au fond de la cuvette des toilettes du lycée. On se traînait avec cette gueule mouillée et ce regard brûlant de haine, sous un maquillage travaillé pendant des heures, pour faire semblant, pour se faire aimer, pour se faire regarder, malgré tout. Robe chic, et rouge à lèvres pour crier ce qui bout en nous. Le théâtre du quotidien.
On n'aimait pas ça, mais cela aurait-il pu être autrement ?
Pourtant, aujourd'hui c'est pire. Les journées ont perdu cette couleur saignante et ce goût amer. Il n'y a rien, rien que cette espace insipide où plus rien n'a d'odeur, où le blanc est si blanc qu'il en devient obscène. L'impression d'être du néant dans un corps si brumeux qu'on ne se sent plus exister, qu'on ne sent plus le regard des autres posé sur nous, qu'on n'arrive plus à distinguer ces gestes qui donnaient de l'espoir, chez nous, chez les autres. Comme un peintre qui aurait oublié de colorier le ciel. On n'a plus faim de rien, plus la rage d'y arriver, on est arrivé à ce degré d'inconscience qui nous éblouit malgré nous. On continue de faire, pour se mentir à nous-même, boire, rire, fumer avant de sombrer dans l'anéantissement, dans la merde inodore des vivants. Mais tout est mort. Tout est mort, parce que même dans cet accès de vide, on se prend pour le coeur du monde ; et si, au cours de cette longue étreinte, on bascule, alors tout sombre aussitôt avec nous.
La médiocrité, ou la crise de l'universel ego.
On n'aimait pas ça, mais cela aurait-il pu être autrement ?
Pourtant, aujourd'hui c'est pire. Les journées ont perdu cette couleur saignante et ce goût amer. Il n'y a rien, rien que cette espace insipide où plus rien n'a d'odeur, où le blanc est si blanc qu'il en devient obscène. L'impression d'être du néant dans un corps si brumeux qu'on ne se sent plus exister, qu'on ne sent plus le regard des autres posé sur nous, qu'on n'arrive plus à distinguer ces gestes qui donnaient de l'espoir, chez nous, chez les autres. Comme un peintre qui aurait oublié de colorier le ciel. On n'a plus faim de rien, plus la rage d'y arriver, on est arrivé à ce degré d'inconscience qui nous éblouit malgré nous. On continue de faire, pour se mentir à nous-même, boire, rire, fumer avant de sombrer dans l'anéantissement, dans la merde inodore des vivants. Mais tout est mort. Tout est mort, parce que même dans cet accès de vide, on se prend pour le coeur du monde ; et si, au cours de cette longue étreinte, on bascule, alors tout sombre aussitôt avec nous.
La médiocrité, ou la crise de l'universel ego.
